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Gilles Savary : "La GPA entraîne la gadgétisation de l’enfant"

Gilles Savary fait partie des dix députés PS qui ont signé une lettre ouverte pour demander au gouvernement de ne pas céder à la Cour européenne des droits de l'homme. Celle-ci demande en effet à la France d'évoluer sur la question de la GPA. Pour l'élu girondin, il ne faut pas ouvrir la boîte de Pandore du "commerce du corps". Sur la PMA, même si la pratique ne l'"enchante pas", il estime qu'il faut "légiférer par une loi sage et sereine" après en avoir débattu. Mais pour cela, il faut sortir des procès d'intention en homophobie qui s'apparente, dit-il, à du "terrorisme intellectuel".
 

Marianne : Quel est le sens de votre démarche de demander au gouvernement dans une lettre ouverte de ne pas céder aux injonctions de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui réclame à la France de donner un statut légal aux enfants nés par GPA à l’étranger ?
Gilles Savary : C’est une initiative qui a été lancée par Anne-Yvonne Le Dain, députée de l’Hérault — c’est une femme, ce n’est pas anodin — pour prendre position contre la marchandisation des corps. Cette décision de la CEDH enjoint la France de reconnaître les enfants nés d’une gestation pour autrui (GPA) réalisée au Etats-Unis. Une pratique que nous réprouvons car nous considérons qu’elle va à l’encontre de l’esprit de notre pacte républicain en entraînant la gadgétisation de l’enfant. Par exemple, une femme qui serait trop occupée, pourrait décider de s’affranchir de la gestation en disant : « J’achète un enfant auprès d'une mère porteuse ». Ou encore des couples très âgés pourraient se dire : « Tiens, on s’ennuie, on aimerait bien avoir un enfant ». Nous ne voulons pas glisser dans ce monde-là.
Tout du moins, nous opposons une objection de conscience, mais avec le pragmatisme de penser qu’il faut qu’on agisse, que nous ne pouvons pas rester sans réponse face à la CEDH. Le jugement de la CEDH doit faire en sorte que l’on réponde par des dispositions particulières, éventuellement par une convention bilatérale avec les Etats-Unis, permettant de régulariser la situation. Najat Vallaud-Belkacem a raison, il n’est pas question de garder des enfants « fantômes » sous prétexte qu’il y a un choc de législation. Mais il ne faut pas que ce soit un prétexte pour introduire la GPA en droit français, en nous faisant croire que c’est une injonction internationale insurmontable.
 
Au sein du Parti socialiste, quels on été les retours après votre initiative ?
Vingt-sept députés PS avaient voté contre l’introduction de la PMA à l’époque de la loi sur le mariage pour tous. Depuis que nous avons envoyé ce courrier, le gouvernement n’a pas réagi. J’ai le sentiment que le Parti socialiste ne veut pas rouvrir un dossier aussi clivant dans la société française — on l'a vu lors des débats sur le mariage pour tous. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous avons pensé qu’il fallait que nous réagissions assez tôt, afin d'éviter que l’on nous explique que la GPA doit s’appliquer.
 
La Cour de cassation estime que le recours à la procréation médicalement assisté (PMA) réalisée à l’étranger « ne fait pas obstacle » à ce que l’épouse d’une mère puisse adopter son enfant. Est-ce les prémices d’une légalisation de la PMA aux couples homosexuels ?
Je crois que c’est surtout la nécessité de régler certaines situations délicates. C’est assez différent de la GPA. La PMA ne pose pas, par exemple, la question de la marchandisation du corps humain puisque dans le cas de la PMA, la maman biologique a la plénitude de ses droits. Néanmoins, la PMA ne m’enchante pas car je n’aime pas trop les manipulations du vivant. Même si je sais pertinemment que la PMA est déjà une réalité en France pour les couples hétérosexuels qui ont des problèmes de stérilité. Je suis un ancien vice-président de conseil général chargée des affaires sociales et je sais à quel point il est difficile d’adopter...
Mais je suis tout de même convaincu qu’il va nous falloir clarifier la situation et légiférer sur la PMA. A nos frontières, on pratique massivement la PMA. Il y a d’ailleurs une forme d’eugénisme puisque des cas nécessitent de sélectionner les gamètes : il est très rare, par exemple, que des couples blancs ayant recours à la PMA aient des enfants noirs… Il va donc falloir légiférer par une loi sage et sereine et celle-ci devra être confiée, je pense, au Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Je pense d’ailleurs que ce jugement de la Cour de cassation devrait, lui aussi, être analysé par le CCNE.

Vous qui avez voté la loi sur le mariage pour tous, vous êtes, paradoxalement, la cible de violentes attaques qui proviennent de personnes se revendiquant de la « communauté homosexuelle » ?
Cela nous montre d’abord que l’élu qui se porte le mieux est celui qui ne donne jamais son avis et qui se contente de racoler l’électorat. Ce n’est pas ma conception de la vie politique. Je pense qu’un élu doit s’exprimer, donner son point de vue, se mettre à nue, dire qui il est, de façon à ne pas tricher avec son électorat. Vous aurez remarqué qu’aujourd’hui, le champ de la liberté d’expression, en particulier des élus, se restreint considérablement. On va vers une société totalitaire d’une certaine façon. L’autocensure nous envahit et en particulier dans la classe politique. Quand Emmanuel Macron parle d’illettrisme, ça veut dire ce que ça veut dire. Ça ne veut pas dire qu’il se montre dégradant envers les gens qui sont illettrés. Il y en a 2,8 millions en France et quand il dit « ça va être difficile de leur retrouver un travail », si ça correspond à une réalité, je ne vois pas pourquoi l'on ne peut pas l’exprimer. Il n’a pas dit qu’ils étaient des « damnés de la terre » ou des « incapables ». Il a qualifié une situation. L’illettrisme est malheureusement une situation suffisamment importante dans le pays pour qu’on s’en préoccupe.
Cela me fait dire que cette République est malade de la censure. Elle est aussi malade d’une perversion du débat public sous la pression des communautarismes. Les communautarismes mettent chacun en place des interdits de parole, de langage, de prises de position, de façon extrêmement violente. Ce qui entraîne une impossibilité de débattre du fond. On est tout de suite dans l’opprobre, dans la caricature. J’ai été traité de xénophobe alors que je suis un pro-européen convaincu, combattu d’ailleurs dans les rangs du PS car considéré comme trop européen aux yeux de certains. Je me fais aussi traiter d’homophobe alors que j’ai défendu pied à pied la loi portant sur le mariage pour tous dans ma circonscription, une circonscription rurale, pas forcément acquise à cette réforme au départ. J’ai des amis homosexuels dont un couple de femmes, qui ont merveilleusement élevées un gamin qui est aujourd’hui un prof d’université respecté. Ces accusations me blessent terriblement parce que ça touche à mon engagement. Mon engagement, il n’est pas simplement socialiste. La question d’être socialiste et même secondaire par rapport à mon antiracisme ou mon anti-homophobie.
Je suis affolé de voir aujourd’hui l’état du débat sur ces questions. C’est du terrorisme intellectuel et médiatique. Il suffit d’être un groupe de pression important pour nous enjoindre de régulariser une situation… Cela ne conduit pas à la création d’une société. C’est l’inverse, au contraire : c’est la décomposition d’une société lorsque l’on répond à tous les groupes de pression...

 

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